Quelle origine ?
Les semis du hasard
Ici, un plant issu du semis spontané d’une graine est remarqué, collecté, conservé et multiplié si ses caractéristiques sont intéressantes. Ce procédé, qui peut sembler archaïque, serait pourtant à l’origine de la pomme la plus cultivée au monde, ‘Golden delicious’, trouvée dans un sous-bois en Virginie (États-Unis) vers 1890, et de la pomme ‘Granny Smith’, un semis spontané trouvé, dit la tradition, vers 1860 sur le compost d’un jardin dans la région de Sidney (Australie).
Sur base d’une ressemblance des fruits, la première pourrait être issue de la variété ‘Grimes golden’ largement répandue aux États-Unis pendant tout le 19e siècle, et la seconde de la très ancienne variété ‘French crab’ introduite de France en Angleterre à la fin du 18e siècle. Dans les deux cas, il est probable qu’en se débarrassant d’un trognon de pomme, un humain a joué un rôle dans la dispersion des pépins. Le même mécanisme pourrait expliquer le parcours du pommier d’Orient vers l’Occident en suivant la « Route de la Soie ».
Ce rôle peut parfois être joué par différents animaux. Ainsi, nous avons observé en 2017 dans notre verger de Malonne un noyer issu de semis naturel. Il n’existe pas de noyers dans le voisinage, mais des corneilles qui logent dans une peupleraie vont s’approvisionner en noix à grande distance et laissent occasionnellement tomber au passage la noix qu’elles ont dans le bec. On se rappelle ici la fable de La Fontaine ! Fin 2018, ce scion avait plus d’un mètre de haut, et il faudra attendre quelques années avant d’observer et juger les fruits.
De nombreux autres cas similaires peuvent être mentionnés.
Les semis de graines issues de libre fécondation
Il s’agit de graines récoltées sur une plante de variété connue, mais dont les fleurs ont été fécondées par du pollen d’origine non contrôlée : nécessairement d’une autre variété chez les espèces autostériles, de la variété même ou d’une autre variété chez les espèces auto-fertiles (pêcher, griottier…).
Le semis de graines est pratiqué notamment en vue de produire des sujets porte-greffe, et certains individus de la population ont été retenus à part en raison de certains caractères : la croissance, l’aspect et l’état sanitaire du feuillage… jusqu’au moment où, quelques années plus tard, ils fructifieront pour la première fois. Ainsi, chez le pommier, des plants triploïdes (= à 3n chromosomes) peuvent être aisément repérés, et on sait par expérience qu’ils produiront généralement des fruits de gros calibre.
La même méthode a été utilisée par les obtenteurs des siècles précédents qui avaient observé que certains caractères se transmettaient avec une bonne régularité. L’inconvénient du procédé est le temps nécessaire entre le semis et l’obtention des premiers fruits. Cela oblige à cultiver pendant plusieurs années un grand nombre de plants qui se révéleront sans intérêt. Ces obtenteurs étaient souvent des personnes aisées pour qui il s’agissait d’une activité de prestige, sans but économique.
Dans toute l’Europe, le 18e et le 19e siècle furent l’âge d’or des obtenteurs. Pour la Belgique, on retiendra les noms de l’abbé Hardenpont, Jean-Baptiste Van Mons, le Major Esperen, Alexandre Bivort, et tant d’autres, qui s’illustrèrent par la création de quelques variétés de pommes et d’innombrables variétés de poires.
Les semis de graines issues de croisements dirigés
Heureusement, les biotechnologies permettent de le raccourcir considérablement en utilisant sur des semis âgés de quelques semaines des marqueurs moléculaires liés à différents caractères du futur individu. Ainsi, pour le pommier, peuvent être jugés la résistance à la tavelure et à l’oïdium, au feu bactérien, aux pucerons, ainsi que la qualité des fruits (fermeté de la chair, acidité…) et la croissance.
Le pourcentage d’individus retenus pour un caractère dépend de l’intensité du travail effectué sur l’espèce dans le passé. Il est plus élevé chez une espèce qui a été peu étudiée que chez une espèce où un travail considérable d’amélioration a été effectué. En général, sur pommier, à chaque génération, 1 à 5 individus sur 1000 sont retenus pour des tests ultérieurs. Finalement, après plusieurs générations, le pourcentage retenu sera infime, de l’ordre d’un sur dix mille.
L’étape suivante consiste à juger selon de nombreux critères les individus retenus pendant plusieurs années dans les conditions de la pratique, à différents endroits. Ceux qui satisfont à cet ensemble de tests recevront un nom et une protection juridique, puis ils pourront être diffusés.
La sélection de mutation de bourgeons
On appelle « mutation » une variation brusque, spontanée d’une plante suite à une modification du patrimoine génétique survenue dans un méristème. Si la totalité du bourgeon a été impactée, la pousse qui en est issue est intégralement modifiée. Mais la modification peut n’être que partielle ; on parle alors de « mutation chimérique ». Si elle affecte un secteur de la pousse, la mutation est dite sectorielle ; c’est le cas des plantes présentant une panachure des feuilles et des fruits. Elle peut aussi n’affecter que les cellules de l’épiderme ; on parle alors de « chimère péricline » ; c’est le cas des ronces fruitières sans épines, dont les tissus profonds portent encore le caractère épineux.
Chez les espèces fruitières, les modifications qui affectent les fruits sont celles qui se remarquent le plus facilement : coloration différente en lavis ou striée, rugosité. D’autres peuvent modifier le mode de croissance, la vigueur, la date de floraison et l’époque de maturité…
La plante mutée sera multipliée par greffage de bourgeons. Dans le cas de chimères sectorielles, les bourgeons prélevés peuvent être implantés soit dans le secteur muté, soit dans le secteur non muté, soit dans le secteur partiellement muté. Ceci explique les cas de non-ressemblance avec l’individu de départ. Chez les chimères périclines, un bourgeon qui naît dans le tissu profond aura les caractères du type initial.
En raison de la forte tendance naturelle de certaines espèces fruitières à muter, il semblait logique de tenter d’induire artificiellement des individus à muter, en soumettant des rameaux à un rayonnement X ou gamma. Les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances.
Actuellement, la plupart des mutations diffusées sont d’origine naturelle : à fruits plus colorés (par exemple les nombreux mutants de ‘Jonagold’, d’Elstar’ ou de ‘Gala’) ou plus gros (‘Queen Cox’s’), à vigueur faible (spurs de ‘Golden delicious’ ou ’Red delicious’), à branches non ramifiées (mutant colonnaire ‘Wijcik’ de ‘Mac Intosh’). La pomme ‘Belle de Boskoop’ diffusée en 1853, qui compte elle-même plusieurs mutants pourrait être une mutation de la ‘Reinette de Montfort’.
Aussi dans votre verger
Depuis 2013 existe en Belgique la charte « Certifruit » à laquelle ont adhéré une quarantaine de pépiniéristes et revendeurs d’arbres fruitiers. Cette association effectue un travail considérable en faveur de nos anciennes variétés fruitières : sélection, diffusion de matériel végétal certifié (les 28 variétés R. G.F. et une cinquantaine de variétés traditionnelles), informations techniques permettant de choisir des arbres en parfaite connaissance de cause… Toutes les informations et la liste des adhérents sont sur www.certifruit.be.
Dans l’assortiment variétal de fruits qui est proposé dans le commerce de détail, la réduction est très importante. La grande distribution, qui représente en volume les trois quarts des ventes de fruits, se limite toute l’année à quelques variétés bien typées, et occasionnellement quelques variétés de saison. Ceci explique pourquoi la plupart des arboriculteurs professionnels se focalisent sur les variétés les plus demandées. D’autres par contre diversifient leur production vers des produits de niche, commercialisés en circuit plus ou moins court.
Wépion
L’étude et la description des variétés fruitières est appelée « pomologie » pour toutes les espèces cultivées, alors qu’en anglais « pomology » désigne l’ensemble des activités de l’arboriculture fruitière, et qu’un « pomologist » est en réalité un arboriculteur fruitier.
Pour les botanistes, une « variété » est, au sein d’une espèce ou d’une sous-espèce, un groupe d’individus qui présentent des caractères communs qui les différencient des autres variétés.
Ils appellent « cultivar » une variété inconnue à l’état spontané, créée, sélectionnée, propagée et cultivée par l’homme. La grande majorité de nos variétés fruitières sont donc en réalité des cultivars. Mais l’usage du terme variété est si fortement ancré dans la pratique que nous continuerons à l’employer.
Si les individus qui composent un cultivar ont été reproduits par une technique de multiplication végétative (bouturage, marcottage, greffage, division, séparation de drageons, micro-propagation…) à partir d’un individu initial, ils constituent un « clone ». Comme la plupart de nos variétés fruitières et certains sujets porte-greffe sont multiplés de cette manière, chacun d’eux constitue un clone.
L’étude et la description des vignes et de leurs variétés s’appelle l’« ampélographie » (du grec « ampelos » = vigne). Les variétés de vignes destinées à la production de vin sont appelées « cépages ». De manière générale, la terminologie liée à la viticulture est différente de celle qui est en usage en arboriculture fruitière.