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En marche vers des innovations pour plus de bien-être des porcs et des volailles

Peut-on se passer de la castration porcine ? Est-ce possible d’utiliser la phytothérapie pour traiter le parasitisme ? Ou encore, comment utiliser au mieux la production de la ferme dans l’alimentation de ses bêtes ? C’est notamment sur ces questions que s’est penchée Ppilow, une étude européenne visant à co-construire des innovations en vue d’améliorer le bien-être des volailles et des porcs élevés dans des systèmes de production biologique ou à faibles intrants.

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Cette vaste étude européenne a duré cinq ans et se clôturera en août. Une longue période, ponctuée par les crises sanitaire et ukrainienne, dans un contexte où les consommateurs sont de plus en plus soucieux du bien-être animal. Durant ce laps de temps, donc, plusieurs acteurs se sont réunis, concertés, mais ont aussi développé et testé de nouvelles méthodes destinées aux élevages porcins et avicoles.

Au total, Ppilow, le nom de ce projet, a réuni 9 pays européens et 23 partenaires (universités, hautes écoles, entreprises…). Le tout porté par l’Inrae, l’institut de recherche français, autour d’un grand objectif : co-construire des innovations pour améliorer le bien-être, la santé et la survie des animaux dans ces systèmes qui offrent un accès à un parcours extérieur, mais exposent ces bêtes aux risques de pathogènes, de prédateurs ou encore aux aléas climatiques.

En Wallonie, c’est le Centre wallon de recherches agronomiques (Cra-w) à Gembloux qui a collaboré sur Ppilow. Sa mission ? « L’animation de groupes multi-acteurs et l’accompagnement du changement ».

« C’est vraiment centré sur une approche participative. Nous voulons savoir d’où l’on part pour mieux comprendre où l’on va avec ces innovations. Le groupe est notamment composé de chercheurs, d’éleveurs, de conseillers et de groupements professionnels. Bref, toutes les personnes qui gravitent autour de la thématique », indique Virginie Decruyenaere, attachée scientifique au Cra-w.

Pendant toute cette période, le centre a rempli cette mission en se concentrant spécifiquement sur l’élevage porcin. Ainsi, en 2023, selon Biowallonie, on dénombre 72 éleveurs de porcs bio, dont 44% de naisseurs-engraisseurs.

Oui pour la non-castration, mais encore faut-il valoriser la viande

Lors de la première réunion, le groupe a défini sa notion de bien-être. Un terme derrière lequel on retrouve différents piliers, comme couvrir les besoins des animaux par une nourriture et une eau de bonne qualité.

« L’un des points très prégnants reste la problématique de la castration des porcelets, indispensable jusqu’à présent dans les élevages pour fournir une viande sans l’odeur du verrat. Cette castration pose problème car historiquement, cet acte se déroulait à vif. Il y a, à présent, une obligation d’anesthésie », poursuit l’attachée scientifique.

Des tests ont donc été réalisés pour conduire des mâles entiers, tout en évitant que la viande ne soit déclassée. Une méthode possible… seulement si certaines conditions sont respectées. Par exemple, abattre les porcs lorsqu’ils pèsent moins de 100 kg. La génétique joue aussi un rôle important dans cette problématique. Même chose pour l’hygiène, avec d’autres techniques de paillage en fin d’en graissement afin que l’animal soit le plus propre possible. « Il faut vraiment que plusieurs signaux soient au vert pour que cela fonctionne correctement », note Lise Boulet, chargée de projet au Cra-w.

De plus, selon elle, les éleveurs sont prêts à passer le cap, mais encore faut-il, évidemment, que ce soit rentable. « Il est impératif que l’ensemble de la filière suive ce mouvement. Mais plusieurs questions subsistent encore, comme celle de la transformation en charcuterie car c’est aussi une viande plus spécifique », ajoute Lise Boulet. Par ailleurs, ce changement implique des modifications dans les pratiques d’élevage. Par exemple, alors qu’actuellement les mâles et les femelles sont ensemble, avec des porcs entiers, cela pourrait engendrer des problèmes comportementaux, comme de la concurrence.

Des huttes mobiles pour les mises bas

Parmi les autres problématiques soulevées par le groupe, on trouve aussi la fabrication d’aliments à la ferme. Mais également les alternatives aux antibiotiques dans la lutte contre le parasitisme. À ce propos, des tests ont été effectués en Roumanie avec une approche centrée sur la phytothérapie. « Des élevages ont testé certaines plantes avec parfois de bons résultats, notamment pour l’ail. Cela a un effet sur le parasitisme, maintenant la question est de mesurer son impact sur la qualité de la viande », raconte l’attachée scientifique.

En effet, l’un des points forts de Ppilow est de confronter les innovations directement sur le terrain, et ce dans différents pays. En Roumanie, donc, mais aussi au Danemark. Dans cette nation nordique, des huttes multitruies ont été développées. Ces logements peuvent accueillir quatre femelles dans des cases séparées. De plus, elles sont mobiles, avec la possibilité de changer facilement de zone de pâturage. Nos compatriotes flamands ont pu tester ces porcheries d’un autre genre. Ils ont dû, entre autres, adapter les barrières pour éviter les écrasements. Par ailleurs, cela a été plus compliqué à mettre en place avec les truies plus peureuses. « Actuellement, l’un des freins reste aussi le coût, même si celles en test ont été financées par le projet », souligne la chargée de projet.

En tout cas, approuvées, en phase de développement, ou critiquées, toutes ces innovations auront permis d’échanger les points de vue et de peut-être de concrétiser de nouvelles avancées qui façonneront l’élevage de demain.

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