SoundTalks, la technologie qui détecte la toux des porcs en les écoutant 24h sur 24
Détecter directement les problèmes respiratoires des porcs grâce à une innovation basée sur l’intelligence artificielle : c’est la promesse de SoundTalks. Une technologie 100 % belge, déjà bien implantée dans certaines porcheries. C’est notamment le cas dans une ferme située près de Kortemark, en Flandre, où des acteurs de la filière porcine wallonne ont eu l’opportunité de découvrir ce système sur le terrain lors d’une visite organisée par le Collège des producteurs.


Direction le nord du pays, dans une exploitation où sont engraissés 1.000 porcs et élevés 2.000 porcelets en post-sevrage. Ces derniers naissent sur un autre site et sont séparés de leur mère à l’âge de 4 semaines. Les porcs, quant à eux, y sont engraissés durant 17 semaines. Tous ces animaux font l’objet d’une attention particulière puisque cette infrastructure sert également de ferme test pour le centre vétérinaire Provet, situé à quelques kilomètres de là. Pas étonnant, donc, qu’ils bénéficient de technologies de pointe comme SoundTalks.
En déambulant dans les allées de la porcherie, on remarque d’ailleurs plusieurs signaux lumineux : vert, orange ou encore rouge. Ces couleurs fournissent des informations cruciales puisqu’elles permettent d’indiquer si un problème respiratoire a été détecté chez les animaux. Ainsi, en un seul coup d’œil, l’éleveur peut évaluer la situation dans son exploitation. La sonde affiche un signal vert ? Tout va bien : le statut sanitaire est correct. Elle passe au jaune : il faut accroître la vigilance. Et si elle vire au rouge, des épisodes de toux ont été identifiés, il y a lieu de mettre en place un plan d’action.
Pour générer ces données, le système s’appuie sur des micros installés à environ deux mètres de hauteur dans les salles. Ces dispositifs, qui fonctionnent en continu, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7, détectent et enregistrent les sons émis par les porcs. Ces enregistrements sont ensuite envoyés sur un serveur où, grâce à un algorithme, la santé respiratoire des bêtes est analysée.
Quant aux informations recueillies grâce à ce système, elles peuvent être transmises à l’éleveur directement ou même à distance.
En effet, l’un des grands avantages de SoundTalks est qu’il permet au propriétaire de surveiller l’état de son exploitation en seulement quelques clics puisque toutes ces données sont accessibles sur son ordinateur, ou via son smartphone. « La plateforme web fournit un état des lieux précis et génère des graphiques sur la santé respiratoire des porcs. Elle propose également des recommandations », explique Stijn Leenknegt de la société pharmaceutique allemande Boehringer Ingelheim.
Une détection précoce pour une intervention rapide
Selon cet agronome, ce système peut détecter une toux trois à cinq jours avant le personnel de la porcherie. De plus, il offre des fonctionnalités supplémentaires puisqu’il mesure la température ambiante et de l’humidité relative du bâtiment, « deux facteurs très importants pour le système respiratoire porcin », précise-t-il. « En moyenne, on consacre deux secondes par jour pour vérifier l’état de santé des bêtes. Avec ce système, on peut réagir plus tôt lorsqu’il y a un problème afin de favoriser une guérison rapide et limiter les pertes », ajoute-t-il.
Facile à installer grâce à son système « plug and play », et à utiliser, cette innovation a, évidemment, de quoi séduire. Pas étonnant, donc, qu’elle se soit déjà fait un nom sur le marché international. « En Belgique, une dizaine de fermes en sont équipées. Mais la demande est plus importante en Chine ou aux États-Unis, où les infrastructures sont très grandes et souffrent d’un manque de personnel ou de main-d’œuvre qualifiée », souligne Stijn Leenknegt.
Bref, un rayonnement international pour ce produit 100 % belge. Conçu par la société du même nom, spin off de l’université de Louvain, il a été développé il y a une dizaine d’années. Toutefois, afin de le rendre assez performant, et surtout fiable, des heures de travail ont été nécessaires. « Des étudiants ont été embauchés afin d’écouter des millions d’heures de bruits, labéliser chaque son. Par exemple, différencier le bruit d’une personne, d’un ventilateur… Cette tâche était nécessaire pour rendre efficace ce système d’intelligence artificielle ».
Son coût ? 3.000 € pour 1.000 porcs
Commercialisée par Boehringer Ingelheim et par la société SoundTalk elle-même, cette innovation peut fournir une véritable aide pour les acteurs de la filière porcine. Néanmoins, peut-elle être facilement transposée au sud du pays, où les fermes ont un profil différent de celles du nord ? La réponse est oui, d’après cet expert. « Cela pourrait être intéressant, par exemple, pour ceux avec des porcs à l’engraissement sur un autre site et qui ne peuvent pas les surveiller plusieurs fois par jour… ».
Toutefois, les agriculteurs qui souhaitent franchir le cap de l’intelligence artificielle dans leur porcherie devront prendre en compte le coût de cette technologie. Il faut compter, en moyenne, 45 centimes par bête. Prenons l’exemple d’un éleveur avec 1.000 porcs à l’engraissement. Pour sa ferme, 4 moniteurs seront nécessaires. À cela s’ajoutent d’autres frais, comme l’abonnement à la plateforme. Montant total de la facture ? 3.000 €.
Cependant, pour certains spécialistes, le jeu en vaut la chandelle puisqu’il permet de s’inscrire davantage dans la proactivité, comme l’indique Pascal Defoort, vétérinaire chez Provet : « En cas de problème respiratoire, ce système nous permet de réagir beaucoup plus vite. Avec les mêmes traitements, les résultats sont meilleurs car nous avons été plus rapides », souligne-t-il.
Par ailleurs, selon Sjouke Van Poucke, vétérinaire, disposer de ces données offre aussi l’avantage de savoir si un suivi médical est efficace sur les animaux et de pouvoir le modifier si nécessaire. De plus, cette innovation peut aider à identifier un problème, comme une zone du bâtiment plus exposée aux courants d’air, pouvant provoquer de la toux. « Et, bien que ce ne soit pas une généralité, dans certains cas, on peut réduire la consommation d’antibiotiques grâce à cette détection », précise-t-elle.
« Moins pertinent pour les élevages familiaux »
Un avantage supplémentaire, particulièrement apprécié par certains acteurs, comme Delphine Marchal, en charge du secteur porcin au Collège des producteurs. « Suite à ma formation de biochimiste, j’ai toujours été sensibilisée à l’importance d’une utilisation raisonnée des antibiotiques », explique-t-elle lors de la visite. Une visite organisée à la suite de l’assemblée sectorielle, où les éleveurs ont manifesté leur intérêt pour découvrir SoundTalk directement sur le terrain.
Parmi eux, Geoffrey Minne et David De Wilde. Ce dernier, qui travaille avec la certification bio, a livré ses impressions au terme de la journée : « Cette technologie cible davantage les grandes exploitations. Cela dit, c’est un bon outil préventif contre les maladies ». Geoffrey Minne, agriculteur en système conventionnel, complète : « Elle peut faciliter la prise de décision, notamment pour savoir s’il faut traiter ou non. Cependant, son coût reste élevé. Si le prix était plus accessible, il serait plus facile de rentabiliser l’investissement, en particulier en réduisant ou en optimisant l’utilisation des antibiotiques ».
Les deux éleveurs s’accordent également sur un autre point : les problèmes respiratoires ne constituent pas une grande problématique dans leurs exploitations respectives. « J’ai quelques épisodes isolés, mais je n’utilise pas systématiquement d’antibiotiques, ce qui limite donc l’intérêt d’un tel système dans mon cas », précise Geoffrey Minne. Sur la même longueur d’onde, ces deux spécialistes tirent la même conclusion : « C’est un bon système, mais il semble plus pertinent pour de grandes exploitations que pour l’agriculture familiale que l’on retrouve davantage en Wallonie ».
Reste, à présent, à savoir si d’autres partageront leur avis, ou si l’on verra bientôt différentes palettes de couleurs s’allumer dans les porcheries du sud du pays.