À la recherche du temps perdu

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Voir l'offre d'abonnementLa mode est aux acronymes. Pour le commun des mortels, ABS rappelle le système d’assistance au freinage des voitures. Pour les agriculteurs flamands, c’est l’Algemeen Boeren Syndicaat. Pour les wallons, c’est tout simplement l’Activité Biologique du Sol.
Ils sont bien plus intelligents que nous, nous surpassent en connaissances et compétences, nous expliquent sans relâche ce que nous devons faire ou pas, instaurent des normes à respecter, nous contrôlent et nous conseillent, en nous faisant bien comprendre combien nous sommes ignorants des théories astucieuses et géniales qu’ils ont mises au point pour notre « bien » et celui de la société…
« Et maintenant, que vais-je faire ? », comme disait la chanson… Au sortir d’une réunion concernant la nouvelle PAC, telle est la question que je me pose. Entre les BCAE et les MAEC, les éco-régimes… j’en suis à NPRC (ne plus rien comprendre).
Les agriculteurs réagissent depuis quelques jours à la réception des codes d’accès au fameux décret « érosion ». Nombre d’entre eux se demandent avec justesse comment pouvoir encore implanter des cultures de printemps sans prendre le risque de perdre des primes PAC.
Le 9 mars eut lieu dans l’entité des Bons Villers, une conférence organisée par l’administration communale ; comme il se doit, le médiateur était le bourgmestre (Mr Perin) ; si d’aucuns auraient pu craindre une orientation particulière de sa part, il n’en fut rien et ses interventions furent parcimonieuses et équilibrées… soit le rôle du parfait médiateur.
« Tibitibib ! ». Message de Charlotte sur WhatsApp, mardi dernier. Elle nous envoie une photo de la manifestation agricole à Namur, et joint cette légende : « Bin voyons ! Le syndicat lève une armada de tracteurs contre le « plan anti-érosion », mais ne lèverait pas son petit doigt pour descendre dans la rue dénoncer nos pensions ridicules de conjointes-aidantes, et défendre notre « plan empli d’émotions » ! Les agricul.trices.tristes comptent moins que la perte de quelques ares. »(Sic)
Ces dernières années, beaucoup de travailleurs manifestent facilement leur mécontentement en se rassemblant dans la rue. Ensuite, s’ils ne sont pas entendus, ils font grève.
À l’évocation de « friche industrielle », nous apparaît l’image d’usines abandonnées, de cheminées cyclopéennes, de terrains vagues envahis de ferrailles, embroussaillés et tristes à pleurer. Cette impression de « déjà-vu » m’est venue à l’esprit en longeant les grandes étables abandonnées d’une ferme vidée de ses animaux depuis quelques années seulement. Genêts, jeunes frênes et saules ont déjà colonisé les recoins de la fumière et les abords des silos-couloirs. Des barrières pendent sur leurs gonds et les toitures en fibres-ciment sont constellées de trous, de çà de là. Traînent encore une brouette rouillée et une débouseuse toute déglinguée, des piles de pneus, des monceaux de vieux piquets… Pour le reste, avec un peu d’imagination, on pourrait encore apercevoir le fantôme du fermier au volant d’un gros chargeur articulé, accompagné de son chien, occupé à désiler ou à transporter un ballot de paille.
Je suis vraiment reconnaissante envers Marc Assin pour la teneur de sa Voix de la Terre publiée dans Le Sillon Belge du 9 mars. Il rendait justice – si l’on peut dire – à nos animaux domestiques pour ce qu’ils nous dispensent.
Un conte de fée commence par « Il était une fois… » et se termine le plus souvent par « Ils vécurent heureux très longtemps et eurent beaucoup d’enfants… ». Hélas, à la fin, si les héros n’en ont plus pour longtemps, et perdent leurs enfants, il devient un « conte défait ». L’aventure de notre élevage bovin répondrait plutôt aux critères de cette deuxième histoire, avec une perte d’effectif en 25 ans de 30 % en Belgique, 40 % en Ardenne, excusez du peu… Comment en sommes-nous arrivés là ? Où sont passés vaches et veaux ?
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